À la SMALA il y a un atelier complet pour fabriquer toutes sortes de structures en toile, une expérience en conception en de recherche.
Laisser une marque indélébile sur le paysage de demain.


La lutte des « sans » a marqué les esprits ces dix dernières années
mais elle reste aux yeux de la plupart des gens, y compris des principaux intéressés, motivée uniquement par le désespoir et par les nécessités de la survie. Or, notre hypothèse est que les « sans » sont porteurs de bien plus que d’une simple lutte catégorielle. Nous sommes à un moment charnière où ils débordent de la simple lutte pour la survie, sans toutefois être encore de nouveaux sujets sociaux – c’est-à-dire sans cesser d’être des objets de sociologie pour devenir eux-mêmes des sujets ; sans cesser d’être ceux que l’on regarde pour devenir ceux qui regardent la société, qui la pensent, qui l’interpellent. Tout le monde se rend compte que la lutte des squatters, des sans terres, des sans papiers, est porteuse de quelque chose qui interpelle l’ordre injuste de notre monde ; et pourtant, ses protagonistes, mal représentés dans les instances contestataires internationales, n’arrivent pas encore à être une multiplicité de sujets sociaux. Ils n’ont pas conscience de leur légitimité à l’être, et n’apparaissent pas non plus aux yeux des autres, au-delà de la sympathie qu’ils peuvent susciter, comme des acteurs sérieux, porteurs de nouvelles formes de sociabilités et constructeurs de mondes meilleurs. Or il faut faire en sorte que la société et ses problèmes se pensent depuis de véritables laboratoires, qui produisent depuis la marge ce qui est insoluble depuis le centre. Le capitalisme est en roue libre, et son hégémonie repose sur des fondations bien trop profondes pour qu’on puisse la réduire à un affrontement entre salauds et gentils. La réalité actuelle, si injuste et détestable qu’elle soit, a des raisons d’être ce qu’elle est, et il faut s’atteler à comprendre ces raisons. Le changement ne relève pas d’un « il n’y a qu’à », mais nécessite au contraire une sérieuse production de pensée.














La galerie d‘art revitalisée est appelée à redéfinir le paysage culturel.
À une époque confrontée à la raréfaction de l’espace pour pouvoir vivre, la seule résistance réelle, la seule subversion, est de désirer autrement, de s’installer autrement, de construire autrement.
On voit aujourd’hui se développer une sociologie des « exclus », des « sans » : sans papiers, sans travail, sans logement, sans accès à la santé, à l’éducation, à la culture, sans droit à la différence (le handicap, par exemple). Tous ceux qui sont « sans », c’est-à-dire des millions et des millions d’êtres humains, puisque la moitié de l’humanité vit avec moins de deux dollars par jour, ne se définissent donc pas par rapport à ce qu’ils sont, mais par rapport à ce qu’ils n’ont pas, par rapport à ce qu’ils ne sont pas. Petit à petit, celui qui n’a pas devient celui qui n’est pas : il est ce qu’il n’a pas, ce qui suggère que la privation en fait un être humain diminué. Par un tour de passe-passe, elle devient l’essence de son être, sa définition. Cela conduit à une société de l’étiquetage, où l’étiquette supplante l’homme. Être, c’est avoir. Nous partons d’un principe fondamental : dans notre société, il n’y a pas d’exclus ; tout le monde est inclus, mais en des lieux différents. Celui qui est dans le besoin, celui qui va mal, qui n’a droit à rien, n’est pas exclu : il occupe la place qui est la sienne dans une société injuste.
Non seulement les « sans » ne sont pas exclus, mais ils sont l’élément sur lequel reposent nos sociétés, car ils sont identifiés comme une source d’insécurité. Ils sont le ciment d’une société sans ciment. Privés d’accès aux soins, ils inquiètent les intérêts des bien portants et du système de santé ; squatters ou privés de terres à cultiver, ils inquiètent les propriétaires ; privés de papiers, ils inquiètent les nationaux ; privés des biens élémentaires, ils inquiètent ceux qui en disposent ; privés de travail, ils inquiètent ceux qui en disposent et servent d’arme de chantage pour imposer la précarité à tous les salariés. Les « sans » assument cette fonction sociale qui est d’incarner l’insécurité, cette insécurité absolument nécessaire pour maintenir notre société de discipline et d’isolement. Ils offrent l’image de ce qu’il ne faut devenir à aucun prix, justifiant une barbarie quotidienne, l’écrasement du voisin, l’acceptation d’un modèle de société qui menace toute l’humanité. L’insécurité isole les différentes familles d’un même immeuble, les habitants d’un même pays, isole les pays les uns des autres. Elle est un modèle de domination qui a cours aussi bien en macropolitique que dans les vies individuelles
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